Les mariages durables

Nous (les couples mariés) avons été si cachottiers au sujet du bonheur dans notre mariage qu'un grand nombre de personnes sont tout simplement devenues cyniques à l'égard de cette institution. On a dit et écrit que le mariage est une institution surfaite et démodée; de plus, les dizaines de milliers de personnes qui mènent une vie conjugale des plus heureuses ne se sont jamais exprimées pour le nier. Je me suis fait dire de façon tout à fait sérieuse par un homme respectable et fin observateur des questions sociales qu'il avait rarement vu de son vivant un mariage heureux. Pourquoi, me suis-je dis, toutes les personnes qui mènent une vie conjugale heureuse dissimulent-elles leur bonheur? N'est-il pas temps que certaines d'entre elles sortent de la solitude douillette de leur foyer paisible pour « promouvoir » le mariage auprès d'une génération qui devient de plus en plus cynique et désillusionnée à l'égard de cette institution? (Marriage Counselling [London : Churchill, 1948, p. 149] 1948:149) [Traduction]

La première étude canadienne sur la durabilité du mariage a été menée par Benjamin Schlesinger (1982, 1983, Schlesinger et Giblon, 1984, Schlesinger et Schlesinger, 1987). On a interviewé 129 couples mariés depuis 25 ans en moyenne dans le Toronto métropolitain. Plus de 83 % des répondants ont choisi 19 points comme étant « extrêmement importants » pour la durabilité du mariage. Les dix premiers points, par ordre d'importance étaient :

  • le respect mutuel
  • la confiance réciproque
  • la loyauté
  • l'amour
  • la fiabilité
  • le fait de tenir compte des besoins l'un de l'autre
  • le soutien émotionnel mutuel
  • l'engagement à s'unir pour la vie
  • la fidélité
  • le partage dans le mariage

 

Les autres éléments majeurs étaient le sens de l'humour, l'amitié, la camaraderie, l'honnêteté, prendre soin l'un de l'autre; l'engagement envers le mariage et une vie sexuelle satisfaisante.

Des 43 couples étudiés par Altrocchi (1988), la plupart ont dit avoir de bonnes ou d'excellentes communications et régler leurs différends par la communication. Ils ont aussi affirmé que leur partenaire était « leur meilleur ami ». L'humour occupait une place très importante dans leur mariage. Ils avaient une vie sexuelle satisfaisante et riche. De plus, ils ou elles tenaient beaucoup à leur partenaire.

Sporakowski et Hughston (1978) ont examiné la vie de 66 couples mariés depuis 50 ans et plus. Comme secret de leur vie à deux, ils ont cité entre autres : l'amour, les concessions mutuelles, le foyer et la famille, la religion, la compréhension et la patience, l'engagement et le fait « qu'il faut être deux pour réussir un mariage ». La plus récente étude américaine sur « le bon mariage » a été réalisée par Wallerstein et Blakeslee (1996). L'étude porte sur cinquante couples résidant dans le nord de la Californie, en majorité blancs, de la classe moyenne et bien éduqués. Il s'agissait de couples mariés pendant les années 50 et au début des années 60. Aussi bien l'époux que l'épouse devait considérer son mariage comme un succès (p. 9-10). Wallerstein et Blakeslee (1996: 12-13) ont souligné que les mariages heureux ne surviennent pas sans efforts. Il y a de bons et de mauvais moments; en outre, les partenaires doivent aussi faire face à des crises ensemble ou séparément. Les hommes et les femmes vivant un mariage heureux peuvent connaître la dépression, se disputer, perdre leur emploi, faire face à des exigences professionnelles et aux crises des poupons et des adolescents en plus d'être confrontés à des problèmes sexuels. Ils pleurent et crient, deviennent frustrés. Ils proviennent de familles où régnaient la tristesse, les mauvais traitements, la négligence, mais aussi de familles plus stables. Tous les mariages sont hantés par des fantômes du passé.

Les auteurs commentent comme suit les mariages réussis (p. 13)

Mais, d'une certaine façon, pour des raisons cruciales que j'explore ici, ces personnes sont demeurées mariées malgré les vicissitudes de la vie moderne. Elles sentent et réaffirment leur conviction en la durabilité de leur union. Après dix, vingt, trente ans et plus de vie à deux, elles sont satisfaites du mariage et confiantes de sa survie. [Traduction]

Wallerstein et Blakeslee (1996:27-28) ont dégagé neuf points qui contribuent à la réussite d'un mariage par rapport à celui qui ne dure pas. Il faut :

  • opérer une séparation affective de la famille de son enfance pour s'investir entièrement dans son mariage et, parallèlement, redéfinir les connexions avec les deux familles d'origine.
  • forger la convivialité en créant l'intimité qui la sous-tend tout en définissant l'autonomie de chaque partenaire. Ces questions occupent une place centrale tout au long du mariage, mais sont particulièrement importantes au début, au mi-temps de la vie et à la retraite.
  • entreprendre le dur rôle de parents et absorber l'impact que provoque l'arrivée spectaculaire de sa Majesté le nouveau-né. Au même moment, le couple doit s'efforcer de protéger son intimité.
  • créer une zone sûre pour l'expression des différences d'opinion, de la colère et du conflit.
  • établir une relation sexuelle riche et plaisante en prenant soin de la prémunir contre les incursions du milieu du travail et des obligations familiales.
  • utiliser le rire et l'humour pour garder les choses en perspective et essayer d'éviter l'ennui en partageant la gaieté, les intérêts et les amis.
  • Soutiens l'un envers l'autre, répondre aux besoins de son partenaire et offrir un encouragement et un soutien continus.
  • maintenir la flamme romantique des premières années, les images idéalisées et reliées au fait de tomber en amour, tout en faisant face aux dures réalités des changements dus au temps. [Traduction]

 

Ben Schlesinger, Ph. D., M.S.R.C.
Professeur émérite, Faculté de travail social, Université de Toronto
(1998)

 

Retours aux Articles