Cause du divorces

 

Quel sont les cause du divorces?

Facteurs culturels

Des facteurs multiples et interreliés ont contribué à la hausse rapide des divorces au Canada et dans d'autres pays occidentaux pendant la seconde moitié du 20e siècle. Ce sont ces facteurs qui ont contribué au maintien des taux élevés de divorce au 21e siècle.

  1. Les taux de divorce montaient déjà progressivement au 19e siècle à cause des tendances à la sécularisation, à la libéralisation des normes en matière de choix individuels et à la diminution de l'influence religieuse. L'aspect religieux est maintenant largement absent de l'institution du mariage : on qualifie souvent ce phénomène de désacralisation du mariage. En effet, le mariage est devenu un choix individuel plutôt qu'un engagement devant Dieu et ce changement a contribué à l'acceptation de sa nature temporelle (Cherlin, 2004).

  2. Ces tendances socioculturelles ont influé plus tard sur la libéralisation des lois sur le divorce. Par ailleurs, des lois plus libérales sur le divorce, comme celles promulguées en 1968 et 1985, sont habituellement suivies d'une hausse des divorces. Ces lois signalent donc la normalisation du divorce. En conséquence, le divorce a perdu son stigmate pour devenir socialement acceptable. Ces facteurs culturels et légaux ont permis aux gens de moins s'attacher au mariage en tant qu'institution et donc de recourir au divorce.

  3. Les tendances à l'individualisme commencées il y a deux siècles ont résulté en une mise en évidence des droits plutôt que des devoirs. Lorsque l'individualisme est couplé à une idéologie de gratification, en particulier sexuelle et psychologique, où on encourage les gens à être « heureux » et « comblés », la mentalité des conjoints à l'égard de leur mariage s'en trouve affectée (Glenn, 1996). Le mariage n'est plus une institution axée sur des responsabilités mutuelles, mais se fonde maintenant sur la recherche du bonheur, de la satisfaction optimale et de la camaraderie. On est plus exigeant à l'égard du mariage en ce qui concerne la satisfaction personnelle. Comme Simons et al. (1996 : 219) l'affirment : « Si raison d'être du mariage est l'amour et le soutien mutuels, il est difficile pour les gens de justifier de rester dans une relation où il n'y en a plus ».

  4. Outre les tendances susmentionnées, les Canadiens et les Américains ont abaissé leur seuil de tolérance quand leur mariage ne répond pas à leurs attentes en matière de satisfaction personnelle (Amato, 1999). Somme toute, au moment où on s'attend à plus du mariage, les couples sont aussi moins tolérants au sujet de ses défis et moins enclins à faire les sacrifices nécessaires. Au niveau positif cependant, cela signifie aussi que les femmes quittent aujourd'hui les relations abusives dans lesquelles elles auraient été forcées de rester il y a 40 ans.

Facteurs démographiques

  1. Les mariages entre jeunes sont un facteur de risque en matière de divorce : les jeunes pourraient être en moins bonne position de se marier pour la bonne raison. En outre, ils ne sont pas aussi matures que les personnes plus âgées pour faire face au conflit et leur personnalité est encore changeante. Les très jeunes personnes ont aussi un revenu faible (Amato et Previti 2004).

  2. Les faibles revenus et la pauvreté sont des facteurs de risque pour le divorce comme l'est une rapide mobilité sociale ascendante où la richesse et le statut constituent un élément moteur. Il pourrait en être ainsi parce que la recherche du matérialisme accapare du temps aux relations ou reflète des valeurs incompatibles avec une vie conjugale saine.

  3. À première vue, cela peut paraître contre-intuitif, mais la cohabitation avant le mariage est un puissant facteur de risque associé au divorce (Wu et Blakrishman, 1995; Marcil-Gratton et al., 2003). Marcil-Gratton et al., 2003). Le Bourdais et al. (2000) ont constaté dans l'Enquête sociale générale que dans le groupe des 20 à 30 ans, 63 % des femmes ayant tout d'abord vécu en union libre s'étaient séparées avant 1995 par rapport à 33 % pour celles qui s'étaient tout d'abord mariées. Naturellement, la première statistique comprend les femmes ayant cohabité puis s'étant séparées avant de marier leur partenaire ainsi que d'autres qui l'avaient marié puis s'en étaient séparées. Cependant, les couples en union libre ayant eu des enfants sont plus stables que les autres couples qui cohabitent (Wu, 1995). Mais comment nous l'avons démontré plus tôt, leur risque de divorcer est toujours beaucoup plus élevé que celui des couples mariés avec enfants. Bref, les unions libres ont des taux de séparation élevés et, lorsque ces unions sont suivies d'un mariage (avec le même conjoint ou une autre personne), elles deviennent un facteur de risque pour le divorce — quoique ce scénario est beaucoup moins vrai pour les couples qui se sont fiancés avant de décider de cohabiter.

    Comment se fait-il que la cohabitation avant le mariage n'empêche pas le divorce?

    Tout d'abord, la cohabitation représente pour de nombreux couples, notamment les hommes, un engagement moins sérieux que le mariage (Clarkberg et al., 1996). En fait, certaines personnes choisissent la cohabitation parce qu'elle exige, selon eux, moins de fidélité sexuelle que le mariage. Par conséquent, on ne peut pas dire que la cohabitation constitue nécessairement un « mariage à l'essai » parce que le niveau d'engagement pourrait ne pas être comparable. Cependant, un grand nombre de ces couples moins engagés passent à l'étape suivante, le mariage.

    À ce sujet, il y a des données voulant que l'expérience d'une cohabitation moins sûre, engagée voire fidèle, façonne le comportement conjugal subséquent (Dush et al., 2003). Ces couples continuent de vivre leur mariage selon une perspective d'insécurité, d'un faible niveau d'engagement et même d'un manque de fidélité, comme dans leur cohabitation précédente. D'autres apprennent simplement à accepter la nature temporaire des relations (Smock et Gupta, 2002). Il en résulte un mariage à risque (Wu, 2000).

    Deuxièmement, Cohan et Keinbaum (2002) rapportent que, pendant les deux premières années de leur mariage, les couples ayant vécu en union libre avaient des comportement moins positifs à l'égard de la résolution des problèmes et étaient moins solidaires l'un envers l'autre en moyenne par rapport à ceux n'ayant pas cohabité.

    Troisièmement, McLaughlin et al (1992) ont constaté que les taux de violence préconjugale étaient nettement plus élevés chez les couples nouvellement mariés qui avaient d'abord cohabité que chez ceux n'ayant pas vécu ensemble; la violence préconjugale était suivie à son tour de plus de violence conjugale que s'il n'y en avait pas eu avant et nous savons que la violence familiale est reliée au divorce. Pour compléter ce survol, Magdol et al. (1998) ont rapporté que dans le groupe des 21 ans, les personnes vivant en union libre sont beaucoup plus susceptibles d'avoir un comportement violent que celles qui se fréquentent sans vivre ensemble

    Enfin, plusieurs chercheurs constatent que les couples qui cohabitent sont moins religieux que ceux qui se marient sans avoir cohabité. Plusieurs études révèlent une corrélation entre l'attachement à la religion, le bonheur conjugal et la stabilité (Call et Heaton, 1997). Si des couples qui sont à la fois moins religieux et engagés l'un envers l'autre et envers l'institution du mariage cohabitent et se marient par la suite, il n'est pas surprenant qu'ils aient un taux de divorce plus élevé — il s'agit d'un phénomène particulièrement pertinent au Québec où la religiosité est très faible en termes de participation à la messe et où la cohabitation est généralement choisie comme première forme d'union.

  4. Un autre facteur démographique lié au divorce concerne le phénomène des mères seules, peut être en grande partie parce que les mères qui font des enfants sans avoir un conjoint sont plus susceptibles de cohabiter avant de se marier — si jamais elles se marient. En outre, les familles où réside un beau-père sont moins stables que les familles où résident une belle-mère (Marcil-Gratton et al., 2003).

  5. Les remariages comportent un facteur de risque pour le divorce qui est devenu plus courant — causé en grande partie par les complexités de la famille recomposée (Ambert, 2005). Par exemple, en 2000, 33 % de tous les mariages étaient composés d'un ou deux partenaires ayant déjà divorcé et, parmi ces derniers, plus du tiers comprenaient deux personnes ayant déjà divorcés (Statistique Canada, 2003).

  6. Les hommes sont plus susceptibles de divorcer quand il y a une forte proportion de femmes célibataires avec eux dans la population active; l'inverse est aussi vrai pour les femmes qui travaillent dans un secteur à prédominance masculine (South et al., 2001). Ces conditions augmentent les chances des personnes mariées, en particulier les hommes, de rencontrer une personne plus attrayante que leur conjointe ou conjoint actuel.

  7. Il existe une corrélation entre le divorce parental et des taux de divorce plus élevés parmi leurs enfants plus tard, en particulier lorsque le mariage parental a connu eu un faible niveau de conflit — ces parents sont moins engagés envers le mariage et pourraient transmettre cette valeur à leur progéniture (Amato et DeBoer, 2001).

  8. La faible religiosité est reliée à un faible bonheur conjugal et à une plus forte propension au divorce (Clark, 1998; Treas et Giesen, 2000). En outre, les mariages interreligieux, et jusqu'à un certain point interraciaux, sont des facteurs de risque d'instabilité conjugale, peut-être à cause de l'absence de valeurs communes (Heaton, 2002).

Anne-Marie Ambert, Ph. D.,
Université York
(édition révisée en 2005)

 

 

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